Didda Y. – Légitimité et logement : le repositionnement des mutuelles étudiantes. In: 80 ans de la Sécu : que célèbre-t-on ?, ed. by Alles L., Ph. Batifoulier, N. Da Silva, V. Duchesne, and A. Ghirardello, XLVth conference of the “Association d'Économie Sociale”, Éditions Campus Ouvert, Grenoble, 2026, p. 173-193.
Résumé
La fin de la délégation de gestion du régime obligatoire de sécurité sociale en 2019 vient questionner la légitimité des mutuelles étudiantes. Cet article analyse les stratégies de recomposition de ces acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) qui, opèrent un redéploiement stratégique vers le secteur du logement étudiant. Mobilisant la théorie de la légitimité organisationnelle de Suchman (1995), cette recherche repose sur une étude de cas qualitative approfondie d’une mutuelle étudiante régionale (SMER), croisant analyse du discours managérial et enquête de terrain auprès des usagers. Nous montrons comment l’organisation tente de justifier ce transfert d’activité en adoptant le paradigme de la « santé globale », requalifiant le logement en déterminant fondamental du bien-être. Les résultats mettent en évidence un « paradoxe de légitimité » : si l’investissement dans le logement restaure une légitimité pragmatique en répondant à une précarité étudiante aiguë, il échoue partiellement à réactiver une légitimité cognitive et morale. L’identité mutualiste tend à s’effacer derrière une image de prestataire de services performant, illustrant le risque de dilution des valeurs de l’ESS face aux impératifs de survie économique.
Abstract
The end of the delegation of mandatory social security scheme management in 2019 calls into question the legitimacy of student mutual insurance companies. This article analyses the recomposition strategies of these Social and Solidarity Economy (SSE) actors, which are undertaking a strategic redeployment towards the student housing sector. Drawing on Suchman (1995)’s theory of organisational legitimacy, this research is based on an in-depth qualitative case study of a regional student mutual (SMER), combining managerial discourse analysis and fieldwork among users. We show how the organisation attempts to justify this activity transfer by adopting the “global health” paradigm, requalifying housing as a fundamental determinant of well-being. The results highlight a “legitimacy paradox”: while investment in housing restores pragmatic legitimacy by addressing acute student precarity, it partially fails to reactivate cognitive and moral legitimacy. The mutualist identity tends to fade behind the image of a high-performing service provider, illustrating the risk of SSE values being diluted under the imperatives of economic survival.